décembre 25, 2011
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Vincent Chriqui, Directeur général du Centre d’analyse stratégique et Benoît Cœuré, Directeur général adjoint du Trésor, Chef économiste ont rendu public le rapport du Centre d’analyse stratégique et de la Direction générale du Trésor.
« France 2030 : cinq scénarios de croissance »
le mercredi 11 mai 2011.
Quelles sont les perspectives de croissance de l’économie française à long terme ? La croissance potentielle française a-t-elle été durablement affectée par la crise, et si oui, par quels mécanismes économiques pourra-t-elle rebondir ? Ce sont ces questions que ce rapport, commandé par le Premier ministre, tente d’éclairer.
Rédigé en collaboration par le Centre d’analyse stratégique et la DG Trésor, ce rapport synthétise les échanges entre les économistes de l’administration, de la banque et les universitaires qui ont eu lieu au cours des séances de travail du groupe. Il propose une réflexion en amont sur les risques et opportunités pour l’économie française à l’horizon 2030. Cinq scénarios contrastés d’évolution sont ainsi proposés afin d’illustrer les trajectoires de croissance possibles à long terme.
Le contexte actuel de sortie de crise est marqué par de nombreuses incertitudes. Le questionnement sur les perspectives de croissance à long terme se double en effet d’interrogations sur les conséquences, potentiellement durables, d’une crise qui s’est distinguée par son ampleur globale mais qui n’affecte pas tous les pays de la même façon.
À court terme, l’impact de la crise sur les économies, mesuré en pertes de niveau de production, a été variable selon les pays. La France, qui a enregistré un repli de 2,6 % seulement de son produit intérieur brut en 2009, contre 4,1 % dans la zone euro, a été l’un des pays qui a le mieux résisté à la crise. Sur le long terme, la réaction des économies sera probablement distincte aussi et dépendra de la manière dont les déterminants de la croissance potentielle auront été affectés et des choix de politique économique qui seront faits par les gouvernements dès la sortie de crise.
La trajectoire de long terme de l’économie française dépendra donc à la fois de son environnement extérieur et des facteurs de croissance fondamentaux que sont la population active et les gains de productivité.
Dans les années à venir, le renforcement de la régulation bancaire, préfiguré par la mise en place de Bâle 3, devrait peser légèrement à la hausse sur le coût du capital, tout en garantissant des économies plus stables.
Au-delà de la réglementation financière, le rythme d’accumulation du capital en France dépendra à la fois de la qualité des politiques économiques mises en œuvre dans le pays et en Europe et de la trajectoire des économies émergentes et des États-Unis. Plusieurs évolutions des conditions de financement de l’économie sont envisageables. Une hausse du coût réel du capital dans un contexte de déflation et de défiance généralisée serait défavorable aux investissements productifs, à la R & D et à la mise en œuvre de projets de grande envergure. À l’inverse, le maintien d’un coût du capital à un niveau relativement bas pourrait encourager les prises de risque inconsidérées et une mauvaise allocation du capital. Le risque est que l’investissement reste dynamique mais soit mal orienté, peu soucieux des perspectives de long terme (soutenabilité financière, soutenabilité environnementale), ce qui in fine pénaliserait la croissance.
L’enjeu est donc de trouver, dans chaque circonstance, un policy mix équilibré, permettant de réaliser les ajustements budgétaires nécessaires en sortie de crise tout en soutenant les efforts d’investissement favorables à une mutation des modèles de croissance. Ce policy mix nécessitera aussi une coordination des politiques économiques et budgétaires au sein de la zone euro et au-delà, avec les grandes économies développées et émergentes.
La France doit relever de nombreux défis dans le domaine de l’innovation et des gains de productivité. En effet, la tendance des gains de productivité globale des facteurs (PGF) semble s’infléchir depuis quelques années et les avantages comparatifs à l’exportation se réduisent, notamment en raison d’un déficit de compétitivité hors-prix des produits français. La France ne manque pourtant pas d’atouts, elle dispose d’une formation universitaire de haut niveau, d’excellentes infrastructures et attire de nombreux investissements internationaux, autant d’éléments qui peuvent être mis au service de l’innovation et stimuler les gains de productivité. Si la France veut conserver une place de premier ordre dans l’économie mondiale, elle doit renforcer ses gains de productivité et opérer une réorientation de son appareil productif.
De nombreuses opportunités sectorielles se dessinent par ailleurs en sortie de crise et offrent la possibilité de définir les contours de nouveaux modèles de croissance. Ainsi, le développement des TIC pourrait trouver un second souffle grâce aux synergies avec les domaines de la santé, de l’éducation, de la lutte contre le changement climatique, par exemple. Les évolutions de société, le vieillissement de la population et la tertiarisation de plus en plus importante de l’économie offrent également la possibilité de développement de nouveaux secteurs et produits. De même, la prise en compte – nécessaire – de la contrainte environnementale suppose des coûts à court et moyen terme mais peut engendrer des gains liés à l’innovation notamment et favoriser la croissance à long terme.
En dépit du vieillissement de sa population, la France bénéficie d’une démographie relativement dynamique comparée notamment à ses partenaires européens. Entre 2010 et 2030, la France devrait compter 500 000 actifs supplémentaires. Compte tenu du niveau élevé actuel du taux de chômage, la contribution du travail à la croissance potentielle dépendra aussi de l’évolution de la situation sur le marché du travail.
À court terme, la situation sur le marché du travail est détériorée dans de nombreux pays développés, avec des taux de chômage supérieurs à 9 %. Ces taux de chômage élevés masquent des modalités d’ajustement hétérogènes de l’activité et de l’emploi. Ainsi, à chute de l’activité comparable, l’ajustement s’est plutôt fait par la réduction des effectifs employés aux États-Unis et par la réduction des heures travaillées en Europe. En France, comme dans beaucoup de pays développés, l’augmentation conjoncturelle du chômage semble accélérer les mutations d’ordre structurel sur le marché du travail liées à une tertiarisation continue de l’économie, une féminisation des emplois, des besoins croissants de cadres compatibles avec une augmentation du niveau de formation mais aussi des besoins croissants d’emplois peu qualifiés dans les services.
Ainsi, même si la crise s’est accompagnée en France d’une augmentation du chômage conjoncturel plus faible qu’on ne pouvait le craindre compte tenu de la baisse de l’activité, elle risque toutefois d’ajouter une nouvelle couche à un chômage de long terme déjà relativement élevé avant crise. Des politiques susceptibles de contribuer à un retour à terme vers le plein emploi sont donc nécessaires à courtmoyen terme.
Les perspectives d’évolution de l’environnement international et des principaux déterminants de la croissance en France suggèrent cinq scénarios d’évolution possibles :
Ces scénarios se traduisent par des taux de croissance moyen pour la période 2010-2030 qui vont de 1,6 % dans le scénario Noir à 2,3 % dans le scénario Croissance soutenue et soutenable et Marché du travail plus efficace ; et débouchent sur des rythmes de croissance de long terme distincts. Les créations d’emplois oscillent entre 760 000 et 1 900 000 selon les scénarios.
Quelles sont les perspectives de croissance de l’économie française à long terme ? Vincent Chriqui, Directeur général du Centre d’Analyse Stratégique, a répondu aux questions de la web-TV : Labourseetlavie.com
Centre d’analyse stratégique
Jean-Michel Roullé, Responsable de la communication
01 42 75 61 37
jean-michel.roulle@strategie.gouv.fr
Direction générale du Trésor
Fabienne Bothy-Chesneau, Chef du Pôle communication
01 44 87 14 21
fabienne.bothy-chesneau@dgtresor.gouv.fr
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La faille grecque est le symptôme d’un mal plus profond, celui des contradictions de la construction européenne. Au point qu’il apparaît difficile aujourd’hui de savoir si les marchés jouent contre la Grèce ou contre la constitution européenne. N’est-ce pas la seconde qui rend plus vulnérable la première ? La clause de non-sauvetage des traités européens a des effets qui vont bien au-delà de ceux que l’on avait anticipés. Outre qu’elle condamne les pays de la zone euro à la solitude, ce qui est une étrange prémisse à la constitution d’une union, elle fait des marchés les arbitres en dernier ressort des règles budgétaires que s’est données l’union.
Il a fallu un peu de temps aux marchés pour le comprendre, mais leur apprentissage est désormais accompli. On savait déjà que le pacte de stabilité incitait les Etats à la créativité comptable – la Grèce ayant excellé dans cet art, sans être, et de loin, le seul pays à s’y être essayé – mais on imaginait moins à quel point la révélation de cette créativité, associée aux yeux grondeurs d’autres pays, aurait des conséquences dévastatrices. Notez que c’est cette association qui a fait problème, autrement comment comprendre que l’Irlande, dont le déficit est de 14,7 % du PIB, ait été traitée si différemment jusque-là ? Est-ce parce que sa fiscalité y est douce aux capitaux, comme le suggère Marcello De Cecco ?
La zone euro est, pour ce qui concerne les finances publiques, la région la plus « vertueuse » parmi les pays riches. En points de PIB, son déficit est de 6,9 et sa dette de 84 ; les couples budgétaires correspondants sont pour les Etats-Unis 10,7 et 92 et pour le Japon 8,2 et 197 ! Mais voilà, l’Union monétaire européenne est une région et non un pays parce qu’aucune solidarité budgétaire ne la caractérise. Elle l’a fait savoir, ce qui a ouvert des espaces de spéculation aux marchés.
Il y a toujours un maillon faible sur le territoire d’une nation, mais, précisément parce qu’un minimum de solidarité y règne, la nation en fait son affaire et en sort renforcée de ce fait. L’extraire d’elle-même n’est pas une option. Autrement, elle se rétrécirait comme peau de chagrin. Pourtant c’est à pareille extraction (de la Grèce) que certains pensent pour sauver la zone euro, drôle de sauvetage puisqu’il serait le prélude à sa disparition. Ont-ils mesuré à quel point la seule invocation de cette possibilité aggravait la spéculation sur les marchés ?
Si l’on poussait à l’extrême un tel scénario, l’élimination successive des maillons faibles de la zone finirait par la solitude du pays vertueux, qui, de ce fait, perdrait tous les avantages de sa vertu. Que resterait-il en effet des avantages compétitifs de ce pays si tous ses ex-compagnons de route dévaluaient leurs monnaies ?
La Grèce a certes triché, mais pas le Portugal, pas l’Espagne, pas l’Irlande. La même difficulté de financement pourrait advenir en n’importe quel pays caractérisé par une situation dégradée de ses finances publiques, c’est-à-dire à peu près tous ! Je ne sache pas, en effet, que ce soient des considérations morales qui animent les marchés ! Quel est alors le mécanisme implicite de retour à la vertu – non écrit dans les traités – mais qui découle logiquement de la « constitution européenne » ?
La réponse se trouve dans la doctrine de l’économie de marché : la flexibilité des salaires et des prix. L’austérité budgétaire à laquelle serait contraint le pays – baisse des dépenses et/ou augmentation des impôts – y affaiblirait encore davantage la demande interne. Il s’ensuivrait une augmentation du chômage et des stocks d’invendus, qui feraient baisser les salaires et les prix : une grande braderie en somme et du travail et des biens de consommation, qui revigorerait l’embauche et la demande. Plus encore, la baisse généralisée des prix et des coûts accroîtrait la compétitivité du pays comme l’aurait fait une dévaluation de sa monnaie (mais en ce cas c’est le taux de change réel qui baisse et non le taux de change nominal).
En bref, l’ajustement des pays, en l’absence de mobilité du travail (faible en Europe en raison d’obstacles culturels et linguistiques), est supposé s’accomplir par la déflation. Mais voilà, la crise est passée par là et sa cause – un excès d’endettement privé – et sa conséquence – une croissance universelle de l’endettement public – font que l’option politique de la déflation n’est tout simplement pas disponible. Elle aurait pour effet de faire croître les dettes (privées et publiques) en termes réels.
La tragique mésentente européenne pourrait en précipiter involontairement l’avènement si, de proche en proche, chaque pays se voyait contraint à l’austérité. Il faudra alors à nouveau venir au secours des créanciers pour sauver le système, ou baisser les bras comme on le fit dans les années 1930. Et pourtant la décision « d’aide », prise par l’eurogroupe le 2 mai, est assortie de conditions tellement rigoureuses qu’elle risque de faire de la Grèce le laboratoire européen de la déflation (si tant est qu’elles puissent être remplies). Quel que soit l’accueil qui lui sera réservé, la preuve en tout cas aura été faite que la paralysie de la décision des instances européennes avait un coût exorbitant.
La zone euro est déjà en retard de croissance sur les autres grandes régions du monde, par manque de cohésion, par excès de croyance doctrinale. Plutôt que de tirer parti de finances publiques plus saines qu’ailleurs, elle met toute son énergie au service de l’apurement du passé plutôt qu’à celui de la construction du futur. Cela ressemble à s’y méprendre à une « conjuration des imbéciles » pour reprendre le titre du beau roman de John Kennedy Toole.
- Par David
Mourey – Publié dans : Finances publiques
La dernière lettre de l’OFCE (Lettre N°317 ) vient d’être publiée. Elle présente les Perspectives 2010-2011 pour l’économie mondiale et pour la France. Un panorama clair et complet en si peu de pages de la conjoncture mondiale puis française. Une version plus approfondie sera proposée dans la prochaine revue de l’OFCE. A lire sans hésiter !
Va-t-on sortir de la crise ?
Perspectives 2010-2011 pour l’économie mondiale
En attendant la reprise…
Perspectives 2010-2011 pour l’économie française
Cruel dilemme : entre le court terme et le long terme
La lettre l’OFCE met clairement en évidence un arbitrage compliqué pour les politiques budgétaires dans le mesure ou il faut faire le contraire à court terme (soutien budgétaire compte tenu de la croissance molle, du chômage de masse, de la faible inflation …) de ce qu’il faudrait faire à long terme (assainissement budgétaire par la rigueur).
Extrait : « La crise financière, déclenchée par la faillite de la banque Lehman Brothers fin 2008 est derrière nous, comme l’indique l’apaisement des marchés financiers. Pour autant, la crise n’est pas encore terminée. La croissance prévue en 2010-2011 ne permettra pas de retrouver le niveau d’activité de 2008. Le chômage a atteint des niveaux élevés : la décrue n’interviendra qu’en 2011 et sera lente. L’ajustement du marché du travail et la résorption des surcapacités productives entraveront une reprise franche de l’activité et induiront un ralentissement du revenu des ménages à partir de 2010.
L’un des défis en 2010-2011 est la hausse des dettes publiques qui confronte tous les pays développés au même dilemme.
La première option est celle d’une stimulation supplémentaire, que légitiment le niveau élevé du chômage, les capacités inutilisées et le risque déflationniste.
La seconde option est celle de la rigueur, donnant la priorité à la réduction des déficits, avec la contrepartie de fragiliser la croissance, dans la crainte d’un durcissement des taux d’intérêts publics. Autant les stratégies nationales divergent pour 2010, autant le second scénario dominerait en 2011, avec des impulsions négatives généralisées dans les pays développés. »
(…)
Les dangers de déflation persistent
« La déflation en marche
Le bref passage de l’inflation en territoire négatif à la mi-2009 dans la majorité des pays développés a marqué le point bas du mouvement de désinflation engagé à la mi-2008. Depuis, l’inflation s’est redressée, sous l’effet de la hausse du prix du pétrole. Cette reprise de l’inflation est trompeuse. Elle masque un fort ralentissement de l’inflation sousjacente, c’est-à-dire endogène, passée de 2,5 à 1,5 % au États-Unis entre la mi- 2008 et le début de 2010, et de 2 à 1 % dans la zone euro. Cette évolution est symptomatique d’une récession sans précédent. La formation de surcapacités importantes et la hausse du chômage ont profondément pesé sur la dynamique des prix et des salaires : d’un côté, le retour de la productivité sur une trajectoire ascendante réduit les coûts unitaires de production, ce qui permet aux entreprises de modérer leurs prix de vente, et de l’autre, la forte montée du chômage freine les revendications salariales et donc in fine les coûts de production. La perpétuation du sous-emploi des facteurs de production est porteuse d’une poursuite du mouvement de désinflation, avec le risque, au-delà de l’horizon de la prévision, d’une entrée effective dans le piège de la déflation. »
En vidéo
Interview de Frédéric Lorenzini, directeur de la recherche – Morningstar France.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures… C’est vrai ! Les performances passées ne doivent donc pas être considérées comme un signal d’achat, mais elles sont toujours intéressantes à analyser, notamment pour comprendre pourquoi un fonds a bien (ou mal) performé.
La notation quantitative est calculée sur la base des performances en tenant compte de la volatilité et des frais de souscription.
Elle est calculée tous les mois par ordinateur et par familles homogènes (fonds actions françaises par exemple). Classement sur une période pondéré par la volatilité. Les étoiles sont ensuite distribuées de la manière suivante :
les 10 % de tête reçoivent 5 étoiles,
les 22,5 % suivants 4 étoiles,
les 35 % suivants 3 étoiles,
les 22,5 % suivants 2 étoiles,
les derniers 10 % reçoivent 1 étoile. Il s’agit, rappelons-le, d’une notation relative. Même les années de mauvaise performance globale, il y aura des fonds 5 étoiles.
L’ensemble de ces frais viennent grignoter la performance finale du fonds
Il y a ceux que l’on voit… et les autres qui sont plus discrets…
Il ne s’agit pas d’une notion spécifiquement financière mais d’une notion de statistique .
La volatilité caractérise, pour une série de valeurs, l’écart par rapport à la moyenne
Il peut s’agir des notes des élèves d’une classe, de leur poids, des dépenses d’alimentation des ménages, … Ou, puisque c’est notre propos, des performances d’un fonds commun de placement par rapport à sa catégorie.

Les deux placements ont la même progression sur la période, disons 12 % sur un 1 an, mais le placement « noir » est beaucoup plus volatil que le placement vert.
La volatilité est elle un problème ? Oui, car se posent les questions d’entrer et de sortir au bon moment. On risque d’entrer au plus haut et, découragé, de sortir au plus bas. La volatilité est dangereuse si on a un horizon court. On peut se permettre de supporter de la volatilité (notamment les fonds de placement investis en actions) si l’horizon de placement est supérieur à cinq ans.
La valeur de la volatilité n’est pas stable dans le temps. Il y a des périodes de crise où elle est élevée (ex en 2008, elle est montée jusqu’à 20 %). En temps normal sur les marchés développés, elle se situe entre 8 et 12 %. Elle est beaucoup plus forte sur les marchés émergents (de l’ordre de 25 %).
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Créé le 30 mars 2010 – Dernière mise à jour le 31 mars 2010
En video
Que l’on soit actionnaire ou qu’on envisage de le devenir, il est utile de s’informer sur la société dans laquelle on investit, tout particulièrement sur ses comptes. Mais comment s’y retrouver dans des documents souvent volumineux et complexes ?
Sophie Baranger, Directrice des affaires comptables de l’AMF, analyse les principales informations comptables que les actionnaires- ou ceux qui veulent le devenir – ont intérêt à connaître.
Dans la documentation très volumineuse fournie par les sociétés cotées, certains documents permettent plus particulièrement d’aller à l’essentiel.
Deux référentiels comptables cohabitent. Les comptes sociaux de la société mère du groupe qui permettent de déterminer les dividendes ou le résultat imposable doivent être établis conformément aux règles comptables françaises. Parallèlement, lorsque les titres du groupe sont cotés sur un marché réglementé, le groupe a, depuis 2005, l’obligation de publier ses comptes consolidés en normes comptables internationales (dites IFRS). Celles-ci, élaborées par un organisme privé installé à Londres, l’IASB, ont été reconnues par le législateur via un Règlement européen. Or il existe certaines divergences entre les deux référentiels. Par exemple les règles françaises exigent que les écarts d’acquisition soient amortis alors que les normes IFRS l’interdisent. Il faut donc être conscient de ces différences qui peuvent être source de confusion pour le lecteur des comptes.
Chaque année l’Autorité de Marchés Financiers publie des recommandations aux sociétés cotées en vue de l’arrêté de leurs comptes annuels. Ces recommandations sont nourries, d’une part par l’actualité et d’autre part par les contrôles effectués chaque année sur les comptes de quelques 140 sociétés – ce qui permet de faire ressortir des points pas toujours bien traités ou des informations importantes requises mais pas toujours données.
Le millésime 2009 des recommandations a été publié le 4 novembre 2009. Il est consultable sur le site de l’AMF. Les principales recommandations concernent des sujets liés à la crise financière que nous traversons depuis 2 ans. Elles reviennent par exemple sur les risques liés aux instruments financiers (risque de crédit et risque de liquidité) ou sur la question particulièrement sensible juste valeur des instruments financiers, notamment sur la façon dont ces instruments doivent être évalués en l’absence de cotation sur un marché actif. Au total les recommandations 2009 de l’AMF traitent d’une dizaine de sujets parfois assez complexes que l’épargnant non professionnel aura parfois du mal à maitriser. Mais la consultation de la liste des questions traitées lui permettra en tout été de cause d’identifier les points sur lesquels il devra être particulièrement vigilant lors de la publication des comptes annuels des sociétés qui interviendra au plus tard 4 mois après la clôture annuelle des comptes, c’est-à-dire au plus tard en avril pour les sociétés qui ont arrêté leurs comptes au 31 décembre 2009.
Créé le 21 janvier 2010 – Dernière mise à jour le 8 février 2010
(Interview réalisée le 10 février 2009)
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Anton Brender, professeur associé à l’Université Paris-Dauphine, Directeur des études économiques de Dexia Asset Management analyse la mécanique de la politique de relance.
Au 4ème trimestre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, l’économie française et plus généralement l’économie mondiale ont été confrontées à un choc brutal. Une spirale dépressive de baisse des dépenses et de contraction de l’activité ont commencé à s’installer. Face à cela il faut agir sur deux fronts :
Il faut remettre en marche et réparer toute la machine financière et faire en sorte que le crédit puisse circuler à nouveau dans nos économies.
Il faut arriver à relancer la mécanique des dépenses et de l’activité. Pour cela la dépense publique doit combler le vide apparu dans les dépenses des entreprises et des ménages.
Anton Brender insiste sur le fait que le soutien de la dépense publique doit être suffisant dans son ampleur et sa durée. Il ne doit pas s’arrêter avant que les dépenses privées n’aient redémarré. Par ailleurs, les dépenses publiques doivent être correctement échelonnées dans le temps. Les dépenses d’investissement sont très utiles pour la croissance à venir. Mais elles réclament en général plus de temps pour être mises en œuvre que des mesures en direction de la consommation dont les effets peuvent être plus immédiats. Enfin face à un choc mondial qui touche des économies aussi ouvertes qu’elles le sont aujourd’hui, il est nécessaire que tous les pays relancent en même temps et de façon suffisamment coordonnée. Cela n’est pas encore le cas aujourd’hui même au sein de l’Europe.
Halte au court-termisme
Il en va de même en économie. Loin des idéologies de la décroissance, on voit partout monter une contestation du court-termisme et de la vitesse comme fin en soi. Après la slow-food, la « slow-économie » : c’est le titre, par exemple, de l’essai d’un journaliste italien qui parcourt le monde, Federico Rampini – il était hier en Chine, il est aujourd’hui aux États-Unis – et qui a, notamment, pour talent de bien sentir les grands mouvements de la planète. « Trop vite ! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme. » C’est le titre du prochain ouvrage de Jean-Louis Servan-Schreiber, un autre excellent détecteur de tendances. La littérature américaine managériale pullule, elle aussi, de textes qui, s’ils ne font pas l’éloge de la lenteur, plaident en faveur d’une révision de nos horloges. Deux directeurs associés du BCG plaident ainsi, dans leur ouvrage « Accelerating out of the Great Recession » en faveur d’une meilleure prise en compte, dans l’entreprise, de la réalité politique des sociétés dans lesquelles elle vit et du long terme. C’est aussi Jacques Attali qui, dans ses écrits sur la sortie de crise, parle de la nécessité de l’émergence d’un « capital patient ».
En cause, la finance
La finance, la technologie et la mort des frontières avaient en fait, au cours des trente dernières années, complètement cassé nos horloges. Le temps avait explosé. Il s’était rétréci. Demain, c’était aujourd’hui, c’était presque hier. Il fallait avoir tout, tout de suite et partout, accessible en continu. Une promesse devait être un résultat. Dans la course folle à la productivité et à la croissance, nous étions finalement tombés sous le joug d’une nouvelle dictature, celle du court terme. On imaginait déjà des sociétés cotées du Net amenées à publier minute par minute l’évolution de leurs chiffres d’affaires et de leurs résultats. S’il n’est pas mort, ce monde-là est en tout cas profondément affecté par la crise d’aujourd’hui.
De fait, les grands enjeux de la sortie de crise annoncent bien un retour spectaculaire de la patience, de la lenteur et de la vision à long terme. On peut en voir de multiples signes. Pour nos besoins énergétiques, pour le développement de nos grands réseaux aussi, il va falloir engager, partout, d’énormes travaux d’infrastructure. La protection de l’environnement nécessite la mise en oeuvre de stratégies à long terme. Ce qui fait d’ailleurs aujourd’hui la force de la Chine, c’est justement une relation au temps bien moins tendue que dans nos pays occidentaux. Quand, à Wall Street, les entreprises vivent au rythme de leurs trimestriels, sinon de leurs mensuels, à Shanghai, on investit pour les générations futures sans trop se préoccuper d’une rentabilité financière immédiate. Quand, à Paris ou à Washington, tout se conçoit en fonction du journal TV du soir, à Pékin, tout se définit dans une perspective de dix, quinze ou vingt ans.
Le retour du temps long
Le retour du temps long s’inscrit dans un mouvement de balancier classique. Après une course folle, un peu de répit, voire de repos, s’impose. La lenteur ne veut pas dire pour autant le sommeil. Et c’est le grand risque. La croissance vient de la productivité. La productivité, c’est produire plus, plus vite, avec moins. Le risque, c’est, à trop se complaire dans la lenteur, de transformer la « slow-growth » en « no-growth ». Il n’est pas sûr que ce soit là, pour nos sociétés minées par le chômage, la piste à suivre. Même lentement.
Erik Izraelewicz
Vos réactions
Il y a trois mois, le très sûr de lui patron de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, vantait encore les mérites de sa firme en assurant qu’elle permettait à ses clients et à ses banquiers de s’enrichir et de réaliser leurs ambitions. Ajoutant sans complexe qu’il accomplissait « le travail de Dieu ». Mais ces derniers jours, les pratiques de la banque qui trône sur le toit du monde financier suscitent de nombreuses interrogations.
Maquillage des comptes
« Ce serait un scandale si les mêmes banques qui nous ont poussés au bord du précipice, avaient aidé à falsifier les statistiques de la Grèce », a vigoureusement réagi la chancelière allemande, Angela Merkel, jeudi. La ministre française de l’Économie, Chistine Lagarde, est restée plus mesurée. « Il faut savoir si cela a été du maquillage de comptes et si cela a été légal ou pas à l’époque où cela a été fait », a-t-elle déclaré jeudi dernier. Et si ce montage était légal, « il faut s’interroger pour savoir s’il était propice pour la stabilité, probablement non, et dans ce cas-là, comment on peut éviter [...] que cela se reproduise ». Eurostat, l’office européen des statistiques espérait obtenir vendredi des informations de la Grèce concernant ces opérations, mais leur analyse prendra du temps, a déjà assuré son porte-parole. En tout cas, le recours à des produits dérivés a permis à des pays européens de se surrendetter. Concrètement, selon les presses allemande et américaine, en 2001, Goldman Sachs aurait aidé Athènes à masquer 1 milliard d’euros de dette en recourant à des swaps de devises. La banque a permis au pays de lever de la dette en devises, ensuite convertie en euros à un taux de change avantageux, lui permettant d’obtenir plus de fonds qu’elle n’en inscrivait dans ses comptes. Selon le « New York Times », les équipes de Goldman Sachs auraient de nouveau offert leurs services à la Grèce en novembre dernier, cette fois pour différer dans un avenir très lointain le coût du système de santé du pays…
Créateur de bulles
Goldman Sachs coupable d’avoir aidé la Grèce à falsifier ses comptes ? Le dieu de la finance semble s’être transformé en diable. La banque américaine était déjà accusée d’avoir fait fructifier le juteux marché des subprimes entre 2004 et 2006. Avant de s’en retirer massivement puis de parier sur sa chute en 2007, gagnant au passage plusieurs milliards de dollars. En 2008, elle a été soupçonnée d’avoir précipité la chute de sa grande rivale Lehman Brothers en vendant massivement à découvert des actions de la banque déchue. Cette-fois, l’« affaire » va au-delà du monde financier, puisqu’elle touche directement les États qui ont sauvé le secteur bancaire d’une faillite généralisée. Goldman Sachs suscite tous les fanstasmes. Nombreux sont ceux qui voient dans le leader mondial des marchés financiers un créateur de bulles qui les fait exploser, raflant deux fois la mise.
Profiter du système
Le Royaume-Uni, le Portugal et l’Italie auraient également réalisé le même type de montage, mêlant ainsi
d’autres grandes banques d’affaires comme Morgan Stanley, Barclays ou Lehman Brothers avant sa disparition. L’histoire ne dit pas encore si les États étaient bien conscients de profiter aussi du système. En France, plusieurs collectivités locales ont accusé des banques de leur avoir vendu des produits toxiques. Certaines, pour des raisons politiques, demandaient pourtant à leurs banques des produits plus rémunérateurs et donc plus risqués. N’oublions pas que la Grèce a souscrit nombre de ces produits à la fin des années 1990, juste avant d’entrer dans la zone euro, en 2001. Il lui fallait à l’époque assainir ses comptes à tout prix.
Matthieu Pechberty
Limitée à l’inflation
Avec tout cela, on ne pourra pas dire que la recherche d’économies budgétaires n’est pas une préoccupation de nos dirigeants. Après avoir supprimé 100 000 postes en trois ans, le gouvernement prévoit la disparition de 36 000 autres emplois de fonctionnaires cette année en vertu de la règle du non remplacement d’un agent sur deux partant à la retraite. Entre 2009 et 2011, la progression des dépenses de l’Etat hors plan de relance sera d’ailleurs limitée à l’inflation, soit « zéro volume » comme l’on dit à Bercy.
Bout de chandelle
Si bienvenues soient-elles, ces économies ne constituent que des gouttes d’eau dans un déficit public total qui voisinne les 150 milliards d’euros (prèsque 8% du PIB). Les 8 milliards d’euros dégagés par la Rgpp représentent également peu de chose comparés aux 280 milliards de dépenses inscrites au budget de l’Etat pour 2010. Les 2 milliards économisés depuis 2008 avec la réduction du nombre de postes d’agents publics doivent être mis en regard des 87 milliards d’euros de masse salariale de l’Etat (hors paiement des pensions). D’autant qu’en « contrepartie » si l’on peut dire, les 600 établissements publics dépendant de l’Etat et surtout les collectivités locales n’ont pas réalisé ces efforts, même modestes, d’économie.
L’Etat stricto sensu n’est effectivement pas le seul vecteur de la dépense publique en France. Son budget ne représente que 359 milliards sur plus de 1000 milliards de dépenses publiques… Les dépenses de protection sociales et celles des collectivités locales en constituent la masse essentielle. Or, les premières augmentent mécaniquement sous l’effet de la crise et du vieillissement de la population. Les secondes sont pour parties liées aux transferts de compétences réalisés par l’Etat. Difficile donc de les maîtriser.
Idées reçues
La difficulté de tailler dans les dépenses publiques tient à la nature même de ces dernières, au moins autant qu’à la timidité des gouvernements successifs. Plus de 44% de ces dépenses sont en effet constituées aujourd’hui de prestations sociales. Quel gouvernement prendrait le risque de couper franchement dans ces dépenses ? Les investissements, c’est-à-dire les « dépenses d’avenir » ne représentent que 6,4,% et les intérêts de la dette 5,3% (10% pour le seul Etat). Les dépenses de fonctionnement, celles donc qu’il est à priori plus facile de réduire, atteignent 35% du total. Contrairement à une idée reçue, cette part a d’ailleurs diminué depuis 30 ans en France, alors que dans le même temps la dépense publique a augmenté de 8 points de PIB.
Héritage et papy-boom
Comment tailler dans la dépense lorsqu’il faut assumer le poids de l’ « héritage » ? « Les dépenses héritées du passé » comme on les nomme pudiquement dans les communiqués de Bercy, pour éviter de dire carrement qu’elles sont incompressibles, progressent plus vite qu’auparavant. L’arrivée à l’âge de la retraite des générations de fonctionnaires issues du baby boom accroît les dépenses de pensions de l’Etat : + 2,4 milliards d’euros par an sur la période 2009/2011. Quant à la charge de la dette du seul Etat, elle va s’accroître d’1,7 milliard par an, hors impact du plan de relance. Au total, pensions et charges de la dette qui représentaient moins de 30% de l’augmentation des dépenses de l’Etat entre 2003 et 2007 absorbent désormais près de 70% des marges de manoeuvre budgétaires… C’est l’asphyxie progressive. Raison de plus pour se pencher sur les exemples vertueux de ces pays qui ont réussi à terrasser l’hydre de la dépense publique.
Patrick Coquidé
- Par David Mourey – Publié dans : Finances publiques
La BRI, Banque des Règlements Internationaux, publie chaque année en juin un rapport présentant une synthèse de la situation économique, monétaire et financière dans le monde.
Avec la crise des subprimes en 2007 puis le déclenchement d’une crise financière profonde en 2008, avec le plongeon dans la récession de l’économie mondiale, avec les politiques macroéconomiques monétaires et budgétaires de soutien mises en place afin d’éviter une grande dépression et la déflation, ce rapport est encore plus attendu que jamais. Le prochain rapport, 2009-2010 paraitra fin juin 2010.
En attendant celui-ci, on peut lire à la lumière de ce qu’on a observé depuis juin 2009, ce que disais la BRI dans le rapport 2008-2009. A cet aune, on peut mesurer l’écart entre les recommandations de la BRI et les comportements des autorités nationales et internationales.
Prenons le cas des politiques budgétaires pour commencer. Nous reviendrons sur les politiques monétaires prochainement…
« Plans de relance budgétaire pour stimuler la demande globale »
« Fin 2008, alors que la crise entrait dans sa quatrième phase, des inquiétudes se sont fait jour sur la capacité de la politique monétaire d’éviter une brutale contraction de la production. De même, les programmes de recapitalisation et les garanties publiques offertes aux banques pouvaient avoir empêché l’effondrement du système financier mais ne semblaient pas aptes à relancer l’activité à court terme. Dans ce contexte, les autorités des principales économies ont eu recours à des mesures budgétaires pour stimuler la demande globale et amortir le fléchissement conjoncturel. En mai 2009, presque tous les pays de l’OCDE et de nombreuses économies émergentes non membres avaient annoncé des plans de relance budgétaire. L’ampleur de ces plans varie considérablement. (…) Le rôle relatif des stabilisateurs automatiques est bien plus prépondérant et explique environ un cinquième de la variation des montants engagés par les pays de l’OCDE (graphique VI.8, cadre du milieu). » Source : BRI 79e Rapport annuel, 29 juin 2009.
Après avoir observé l’inefficacité des politiques monétaires standards, les canaux de transmission habituels des effets des politiques menées par les banques centrales sur l’économie réelle étant grippés, les banques centrales sont passées à des politiques monétaires moins conventionnelles. Il s’agissait d’accorder encore plus facilement des liquidités au banques, voire directement à l’économie. C’est pour cela que les économistes ont parlé de quantitativ easing, puis de credit easing. Mais nous reviendrons sur ces points relatifs à la politique monétaire plus tard.
De manière analogue, les programmes de recapitalisation et les garanties publiques offertes aux banques par les Pouvoirs Publics devaient être suivis de politiques budgétaires largement expansionnistes afin de soutenir la demande globale largement affectée par la détérioration de l’emploi. C’est toute l’histoire des différents plans de relance mis en œuvre dans différents pays du monde.
Mais comme un choc symétrique (affectant tous les pays simultanément) a des effets asymétriques car les économies ne sont pas dans la même situation initiale, les plans sont très variables dans leur ampleur et leur structure.
Dans la même logique, l’effet des stabilisateurs automatiques sur le ralentissement et/ou la reprise va varier d’une économie à l’autre en fonction des structures respectives des recettes et des dépenses publiques et de leurs poids dans l’économie. La politique discrétionnaire qui en découlera sera donc différente d’un pays à l’autre.
Les stabilisateurs automatiques désignent les effets des variations automatiques du solde budgétaire public (variation des dépenses et des recettes) induites par les variations conjoncturelles (ralentissement ou accélération de l’activité) sur la croissance économique. En période de ralentissement, à structure des dépenses et des recettes inchangées, les recettes fiscales vont baisser et les dépenses vont augmenter, ce qui va creuser le déficit budgétaires. Ce déficit va permettre de soutenir l’économie et réduire l’effet récessif.
« Au vu de l’importance des stabilisateurs automatiques dans de nombreuses économies, les plans de relance discrétionnaires devraient sans doute être envisagés dans un cadre plus large. Pour mesurer la relance globale, il est préférable de se fonder sur la variation attendue des soldes budgétaires à court terme, qui reflète les dépenses (et les recettes) liées aux plans de sauvetage financiers ainsi que la baisse de recettes découlant de la dépréciation des actifs. La relance budgétaire correspond à la somme des diverses composantes et non à une composante unique. Les déficits budgétaires devraient atteindre des niveaux largement supérieurs à ceux qui étaient prévus avant l’aggravation de la crise, en septembre. Tant les soldes structurels que conjoncturels devraient se détériorer très nettement (graphique VI.1, cadre inférieur). » (…) Source : BRI 79e Rapport annuel, 29 juin 2009.
Il convient donc de prendre en compte l’ampleur des stabilisateurs automatiques pour mesurer plus largement l’ampleur de la relance budgétaire. Autrement dit, on ne peut se contenter de mesurer l’ampleur des plans de relance de l’économie à partir des politiques budgétaires dites discrétionnaires (changement dans la structure des dépenses et des recettes, indépendamment des variations conjoncturelles). Il convient d’y ajouter les efforts publics de soutien au secteur bancaire et financier et les effets de soutien des stabilisateurs automatiques.
En effet, dans chaque cas, il y a dégradation des soldes publics conjoncturels mais également structurels.
Comme attendu, les déficits se sont creusés nettement depuis un an. Voir les graphiques par ailleurs sur ce blog.

« La possibilité de procéder à une relance budgétaire varie sensiblement entre les différents pays. Ceux qui ont une dette publique très élevée et des déficits budgétaires significatifs sans même avoir décidé de mesures discrétionnaires, ou encore ceux dont les engagements non financés sont considérables, ont moins de latitude que les pays ayant des finances publiques plus saines. (…) dans les pays de l’OCDE, aucune relation significative n’est observée entre le montant des plans et l’encours de la dette publique (graphique VI.8, cadre de droite). En outre, les coûts de financement ont généralement diminué, malgré une nette aggravation des déficits budgétaires (graphique VI.9, cadre inférieur). Quelques exceptions concernent de plus petits pays comme la Hongrie, l’Irlande et l’Islande qui, accusant des déficits budgétaires substantiels, ont eu du mal à placer leurs titres de dette publique et ont dû resserrer leur politique budgétaire durant les troisième et quatrième phases de la crise. » Source : BRI 79e Rapport annuel, 29 juin 2009.
Aujourd’hui, début 2010, on observe bien ce qui était attendu. Les possibilités de relance budgétaire étaient différentes d’un pays à l’autre. Dans ces conditions, les plans de relance discrétionnaires en ont été affectés. Les politiques monétaires excessivement expansionnistes ont permis de maintenir des taux d’intérêt très bas à court terme et le recyclage des capitaux des pays émergents et exportateurs de pétrole vers les pays de l’OCDE, comme les pays de la Zone euro et les Etats-Unis, ont permis de maintenir les taux d’intérêt à long terme à des niveaux durablement bas, ce qui a facilité le financement à des couts très faibles des déficits publics et l’accroissement des dettes publiques.
Pour quelques petits pays, pour l’instant, les primes de risque sur les titres publics ont augmenté. Il y a le cas bien connu de la Grèce, mais le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, …, pourraient suivre le même chemin. Le risque est que ces pays suscitant des doutes chez les créanciers, acheteurs de titres de dette publique, doivent payer plus chers leur endettement ce qui d’une part nuit au soutien de l’économie et d’autre part, accroit automatiquement le poids de la dette publiques dans le PIB.
« Les méthodes nationales diffèrent même si la plupart des plans de relance panachent allégements fiscaux et hausses des dépenses publiques (graphique VI.7, cadre inférieur). Les allégements de la fiscalité tendent à avoir moins d’effet sur la production que les mesures ciblant les ménages à faible revenu (épargnant sans doute peu). Néanmoins, plusieurs raisons ont poussé les autorités budgétaires à inclure de tels instruments dans leur plan. Certaines étaient politiques : il est plus facile de mobiliser des fonds publics importants quand les bénéfices escomptés intéressent un grand nombre de contribuables. D’autres raisons étaient économiques : la mise en place d’allégements fiscaux est relativement rapide, alors que l’augmentation des dépenses publiques implique souvent des délais significatifs. En outre, diminuer l’impôt des personnes physiques peut contribuer au désendettement du secteur des ménages et donc accélérer la reprise à un stade plus lointain, même si l’incidence sur le PIB est modeste à court terme. »
Source : BRI 79e Rapport annuel, 29 juin 2009.
Les situations économiques initiales des pays étant hétérogènes, les structures des dépenses et des prélèvements obligatoires étant également très diversifiées, il est logique que les choix entre accroissement des dépenses et baisses de la fiscalité qui en découlent soient différents. Or, si l’action à la baisse sur la fiscalité est plus rapide et plus populaire, l’effet multiplicateur en reste néanmoins plus faible. Autrement dit, et pour faire simple, 1000 euros de dépenses publiques ont un impact économique plus fort que 1000 euros d’impôts en moins. En effet, la baisse d’impôt laisse le choix à celui qui en bénéficie d’en épargner une partie c’est à dire de ne pas tout utiliser en dépense immédiate pour soutenir l’économie.
« Les plans de relance ont sans aucun doute été massifs, mais s’avéreront-ils efficaces ? Les estimations varient. (…) il est difficile de savoir si les estimations économétriques effectuées à partir de situations en phase de fonctionnement normal des marchés financiers sont d’une quelconque utilité pour évaluer l’efficacité des mesures budgétaires au stade actuel. Certes, les tensions financières risquent de faire augmenter le pourcentage de ménages et d’entreprises sans accès au crédit, et éventuellement la part de leur revenu additionnel consacrée à la dépense. Mais, dans le même temps, le degré élevé d’incertitude pourrait les inciter à se désendetter ou à épargner plus, diminuant ainsi l’effet multiplicateur. » Source : BRI 79e Rapport annuel, 29 juin 2009.
5 Les modèles macroéconomiques structurels utilisant des anticipations fondées sur le passé donnent généralement des multiplicateurs supérieurs à 1 (un dollar consacré à des dépenses budgétaires fait augmenter le PIB de plus d’un dollar). Selon des modèles plus prospectifs et des analyses ponctuelles, les multiplicateurs sont le plus souvent inférieurs à 1 (la hausse des dépenses budgétaires est compensée par une réduction des dépenses dans d’autres pans de l’économie).
Qu’est-ce que la BRI ?
La Banque des Règlements Internationaux (BRI) est une organisation internationale qui oeuvre à la coopération monétaire et financière internationale et fait office de banque des banques centrales.
La BRI s’acquitte de son mandat en agissant comme :
− forum pour faciliter les échanges de vues et les processus de prise de décision entre banques centrales et au sein de la communauté financière et prudentielle internationale ;
− centre de recherche économique et monétaire ;
− contrepartie d’excellente qualité pour les banques centrales dans leurs transactions financières ;
− agent ou mandataire (trustee) pour les opérations financières internationales.
Conseil d’administration de la BRI
Le Conseil d’administration compte 19 membres. Six le sont ès qualités : les gouverneurs des banques centrales d’Allemagne, de Belgique, de France, d’Italie et du Royaume-Uni et le Président du Conseil des gouverneurs du Système de Réserve fédérale des États-Unis ; chacun d’eux peut nommer un autre administrateur de même nationalité. Les Statuts prévoient que le Conseil peut, en outre, élire au maximum neuf gouverneurs d’autres banques centrales membres ; sont actuellement élus ceux des banques centrales du Brésil, du Canada, de Chine, du Japon, des Pays-Bas, de Suède et de Suisse, et le Président de la Banque centrale européenne.
Direction Générale de la BRI
Le Directeur Général est Jaime Caruana, et le Directeur Général Adjoint, Hervé Hannoun. Peter Dittus dirige le Secrétariat général, Stephen Cecchetti, le Département monétaire et économique, et Günter Pleines, le Département bancaire. Le Directeur juridique est Diego Devos.
La direction des études économiques du Crédit Agricole, sous la direction de Jean-Paul BETBEZE, vient de publier une étude sur la situation des finances publiques de la Grèce.
Pour lutter contre de nombreux poncifs et autres idées reçues, voici un document à lire d’urgence afin d’y voir plus clair dans ce dossier problématique pour la zone euro.
Grèce: dos au mur !
Depuis plusieurs semaines, une grande incertitude entoure la nature du soutien ou de l’intervention des institutions européennes en faveur de la Grèce. Pour l’instant, ce soutien est politique. Il a, dans l’ensemble, réussi à calmer les inquiétudes des marchés sur un éventuel défaut de la Grèce.
La question est de savoir si le programme d’austérité grec est crédible et si le gouvernement va pouvoir venir à bout d’une double problématique, un déficit budgétaire de nature structurelle couplé à un déficit de crédibilité.
Le programme d’assainissement budgétaire annoncé par la Grèce pour 2010 nous paraît crédible et réaliste. A court terme, si le gouvernement grec réalise les efforts annoncés, ceci devrait contribuer à restaurer son blason en comblant son déficit de crédibilité. En revanche, la soutenabilité des finances publiques à moyen terme est loin d’être assurée : elle dépendra surtout des mesures qui seront mises en oeuvre au-delà de 2010. Le détail et l’impact financier de ces mesures supplémentaires devront donc être précisés très rapidement.
Depuis son entrée dans la zone euro la Grèce souffre de deux formes de déficit.
Le premier problème est un déficit public structurel récurrent
Le second problème vient d’un déficit de crédibilité.
Le programme de stabilité proposé par le gouvernement grec mi-janvier est très ambitieux.
Peu de détails ont été annoncés en ce qui concerne le plan de réduction des déficits publics de 2011 à2013.
Les mesures d’assainissement budgétaire sont assez détaillées pour 2010 même si le calendrier reste encore flou.
Le programme d’assainissement budgétaire annoncé par la Grèce pour 2010 nous paraît crédible et réaliste.
Vu le contexte économique difficile, la mise en oeuvre de l’ensemble du programme s’annonce douloureux.
En définitive, ces simulations montrent que le gouvernement grec est contraint de mettre en oeuvre l’ensemble des mesures de son plan de stabilité afin d’éviter une spirale haussière de sa dette.
Sommaire :
- Un problème de «double déficit»
- Un plan d’assainissement budgétaire certes ambitieux…
- …mais est-ce crédible ?
- La Grèce ne peut plus reporter le rétablissement de ses finances publiques
- Conclusion : l’assainissement des finances publiques est impératif mais sera douloureux
Extrait :
Le programme d’assainissement budgétaire annoncé par la Grèce pour 2010 nous paraît crédible et réaliste
A court terme, si le gouvernement grec réalise les efforts annoncés, ceci devrait contribuer à restaurer son blason en comblant son déficit de crédibilité.
En revanche, la soutenabilité des finances publiques à moyen terme est loin d’être assurée : elle dépendra surtout des mesures qui seront mises en œuvre au-delà de 2010. Le détail et l’impact financier de ces mesures supplémentaires devront donc être précisés très rapidement.
- Par David Mourey – Publié dans : Croissance économique
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- Par David Mourey – Publié dans : Croissance économique
Eurostat, l’institut de statistique officiel de l’Union européenne, vient de publier une présentation comparée des PIB régionaux par habitant en 2007 au sein des pays de l’UE. Ce document purement statistique à l’intérêt de mettre en évidence très clairement les écarts et donc la très grande hétérogénéité des niveaux de vie au sein de l’Union. On en déduit que les besoins sont très différents d’un pays à l’autre, et d’une région à l’autre au sein d’un même pays. Cette situation ne favorise pas la prise de décision collective, les consensus, encore moins l’unanimité. De surcroit, cela pose la question des transferts budgétaires entre régions et entre pays et donc la question du budget de l’Union.
La région de Londres arrive en tête avec un PIB par habitant représentant 334% de la moyenne de l’UE, l’Ile de France arrive en 6éme position avec un PIB par habitant représentant 169 % de la moyenne de l’UE. La France n’a pas de région parmi les 20 régions au plus faible un PIB par habitant par rapport à la moyenne de l’UE.
« Le PIB par habitant variait entre 26% de la moyenne de l’UE27
dans la région du Severozapaden en Bulgarie et 334% dans celle d’Inner London
En 2007, exprimé en standards de pouvoir d’achat 1, le PIB par habitant 2 des 271 régions NUTS-2 3 de l’UE27 variait entre 26% de la moyenne de l’UE27 dans la région du Severozapaden en Bulgarie et 334% de cette moyenne dans la région d’Inner London au Royaume-Uni. (…)
Plus d’une région sur sept au-dessus de 125% de la moyenne de l’UE27…
En 2007, les régions qui occupaient la tête du classement des PIB régionaux par habitant, étaient Inner London au Royaume-Uni (334% de la moyenne), le Grand-Duché de Luxembourg (275%), Bruxelles/Brussels en Belgique (221%), Hamburg en Allemagne (192%), Praha en République tchèque (172%) et l’Île de France (169%). Parmi les 41 régions dépassant le seuil de 125%, neuf régions se situaient en Allemagne, cinq aux Pays-Bas ainsi qu’au Royaume-Uni, quatre en Autriche, trois en Espagne ainsi qu’en Italie, deux en Belgique ainsi qu’en Finlande, une région en République tchèque, au Danemark, en Irlande, en Grèce, en France, en Slovaquie et en Suède, ainsi que le Grand-Duché de Luxembourg. (…)
… et une sur quatre en dessous de 75%
Les régions ayant le plus faible PIB par habitant se situaient toutes en Bulgarie et en Roumanie, les niveaux les plus bas étant enregistrés dans la région de Severozapaden en Bulgarie (26% de la moyenne), suivies de celles du Nord-Est en Roumanie ainsi que de Severen tsentralen et Yuzhen tsentralen en Bulgarie (27% chacune). Parmi les 66 régions disposant d’un PIB par habitant inférieur à 75% de la moyenne, quinze régions se situaient en Pologne, sept en Grèce ainsi qu’en Roumanie, six en Bulgarie, en République tchèque ainsi qu’en Hongrie, quatre en Italie ainsi qu’au Portugal, trois en Slovaquie, deux (départements d’outre-mer) en France, une région en Espagne, en Slovénie et au Royaume-Uni, ainsi que l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. »
1. Le SPA (standard de pouvoir d’achat) est une monnaie artificielle faisant apparaître les écarts entres les niveaux de prix nationaux. Cette unité permet de comparer des indicateurs économiques en volume entre les pays. Les agrégats exprimés en SPA sont calculés en divisant les agrégats à prix courants et en monnaie nationale par les parités de pouvoir d’achat (PPA) respectives.
2. Le PIB et, partant, le PIB par habitant, sont des indicateurs de l’activité économique totale d’une région. Il peut être utilisé pour comparer le degré de développement économique des régions. Le PIB n’équivaut pas au revenu dont disposent en définitive les ménages d’une région. Des précisions sur la méthodologie utilisée figurent dans la publication « Méthodologie des comptes régionaux: valeur ajoutée brute et formation brute de capital fixe par branche d’activité », Eurostat, 1995, ISBN 92-827-0160-3.
3. Ces données sont basées sur la Nomenclature des unités territoriales statistiques, telle que modifiée en février 2007. La NUTS 2006 fournit une ventilation uniforme et cohérente des unités territoriales pour la production des statistiques régionales de l’UE. Le niveau 2 de la nomenclature distingue 271 régions: Belgique (11), Bulgarie (6), République tchèque (8), Danemark (5), Allemagne (39), Irlande (2), Grèce (13), Espagne (19), France (26), Italie (21), Hongrie (7), Pays-Bas (12), Autriche (9), Pologne (16), Portugal (7), Roumanie (8), Slovénie (2), Slovaquie (4), Finlande (5), Suède (8) et Royaume-Uni (37). L’Estonie, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg et Malte sont chacun considérés comme une seule région au niveau NUTS 2. Pour la liste des régions statistiques européennes, voir: http://ec.europa.eu/eurostat/ramon/nuts
Le document intégral est ici : Eurostat le 18 février 2010
http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/1-18022010-AP/FR/1-18022010-AP-FR.PDF
Ces jours-ci, il n’est pas nécessaire de se donner beaucoup de mal pour se montrer sceptique à l’égard du monde de la finance. Tentons donc de nous souvenir à quel point la logique des innovations financières, à l’origine de la débâcle actuelle, nous semblait séduisante il n’y a pas si longtemps.
En premier lieu, personne n’a vraiment d’objection à ce que le marché du crédit serve la cause des propriétaires potentiels. Nous commençons donc par mettre en œuvre une réelle concurrence entre les prestataires des prêts hypothécaires. Nous permettons à des organismes, qui ne sont pas des banques, de faire crédit et de proposer des prêts hypothécaires plus créatifs, plus abordables aux acheteurs éventuels et avec lesquels les prêteurs conventionnels ne traitent pas.
Nous faisons ensuite en sorte que ces prêts soient regroupés sous forme de titres adossés à des actifs qui puissent être vendus à des investisseurs, réduisant ainsi le risque du processus. Puis nous divisons davantage encore la chaîne des créances sur ces prêts hypothécaires en tranches de risques divers, en compensant les détenteurs de la variété la plus risquée avec des taux d’intérêt plus élevé. Nous demandons alors aux agences de notation de crédit de certifier que les titres adossés aux prêts hypothécaires les moins risqués sont suffisamment sûrs pour que les fonds de pension et les compagnies d’assurance investissent dans ces titres. Si certains sont encore un peu nerveux, nous créons des produits dérivés qui permettent aux investisseurs de souscrire une assurance contre un défaut de paiement des émetteurs de ces titres.
Difficile de trouver mieux pour faire l’apologie des avantages de ces innovations financières ! Grâce à elles, des millions de familles moins aisées et jusqu’alors en marge ont accédé à la propriété, les investisseurs ont encaissé les intérêts de leurs créances et les intermédiaires, leurs commissions et honoraires. Un rêve devenu réalité, auquel un grand nombre de financiers, économistes et politiciens ont cru jusqu’à il y a un an et demi.
Et ensuite, le rêve s’est désintégré. La crise qui a frappé tous les marchés financiers ces derniers mois a enterré Wall Street et humilié les Etats-Unis. Comparé au renflouage, à hauteur de 700 milliards de dollars, des institutions financières en difficulté orchestré par le Département du Trésor américain, les crises des économies émergentes – comme la crise du pesos mexicain en 1994 ou la crise asiatique de 1997-1998 – sont ravalées au rand d’anecdotes.
Mais quelle est la raison de cette crise ? Si les solutions proposées ne s’attaquent pas à la racine du mal, le tout nouveau zèle régulateur risque d’anéantir aussi bien les innovations financières utiles que celles qui sont toxiques.
Le problème est que les suspects ne manquent pas. Faut-il accuser les prêteurs sans scrupules de prêts hypothécaires, instigateurs de conditions de crédit – comme les taux d’intérêt « accrocheurs » et les pénalités pour remboursement anticipé – qui ont entraîné les emprunteurs sans méfiance dans la spirale de l’endettement ? Peut-être, mais ces stratégies n’auraient eu aucun sens pour les prêteurs s’ils ne pensaient pas que les prix de l’immobilier continueraient à grimper.
Le coupable est peut-être alors la bulle de l’immobilier qui s’est développée à la fin des années 1990, et la réticence manifestée par la Fed, sous la gouverne d’Alan Greenspan, à agir pour la dégonfler. Il n’en reste pas moins que le volume de créances titrisées (CDO), et de titres similaires était amplement suffisant pour maintenir le crédit hypothécaire. Cela vaut également pour les contrats d’échange de risque de défaut (credit default swaps, ou CDS), qui sont devenus un outil de spéculation au lieu d’une assurance, et dont le volume des transactions a atteint le montant phénoménal de 62.000 milliards de dollars.
La crise n’aurait donc pas pris ses proportions actuelles si toutes sortes d’institutions financières ne s’étaient pas endettées jusqu’au cou dans la course aux dividendes. Mais alors à quoi jouaient les agences de notation ? Si elles avaient fait leur travail correctement et émis à temps des avertissements concernant les risques, ces marchés n’auraient pas attiré autant d’investisseurs. N’est-ce pas là le cœur de l’affaire ?
Ou peut-être faut-il aller chercher les coupables de l’autre côté du globe. La forte épargne des ménages asiatiques et les énormes réserves de change en dollars des banques centrales étrangères ont produit un engorgement de l’épargne, poussant les taux d’intérêt réels au plus bas, tout en alimentant la bulle immobilière américaine et incitant les financiers à se lancer dans des aventures de plus en plus risquées avec de l’argent emprunté. Les décideurs macroéconomiques auraient dû reprendre la situation en main et agir rapidement pour corriger les énormes et intenables déséquilibres des comptes courants. Il n’y aurait alors pas eu autant de liquidités en circulation attendant qu’un accident se produise.
Mais le véritable coupable est peut-être le Trésor américain qui a mal réagi au début de la crise. Alors que la situation était déjà au plus mal, le refus du secrétaire au Trésor Henry Paulson de renflouer la banque d’investissement Lehman Brothers a provoqué une contraction des marchés du crédit. Juste après cette décision, le financement à court terme, même des entreprises les plus saines financièrement, s’est asséché et l’ensemble du système financier est purement et simplement devenu dysfonctionnel.
A la lumière de ce qui a suivi, il aurait mieux valu pour Paulson ne pas faire de manières et faire avec Lehman ce qu’il avait déjà fait avec Bear Stearns et vient de faire avec AIG : les renflouer avec l’argent des contribuables. Wall Street aurait peut-être survécu et la facture aurait finalement été moins lourde pour les contribuables américains.
Il est peut-être futile de chercher une cause unique à l’origine de la débâcle du système financier. Une pensée réconfortante – si vous voulez encore croire à une rationalité de la finance – est que cette crise était « une tempête exemplaire », un rare fiasco pour lequel un alignement exceptionnel des étoiles était nécessaire.
Que dira l’autopsie de Wall Street ? Que c’était un suicide ? Un meurtre ? Une mort accidentelle ? Ou un cas insolite de dysfonctionnement simultané de tous les organes ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Les réglementations et précautions que prendront les décideurs pour éviter qu’une telle crise se reproduise seront donc fatalement vagues et d’une efficacité douteuse.
C’est pour cette raison que vous pouvez être sûrs qu’il y aura une autre crise financière majeure dans les années à venir, une fois que celle-ci aura disparu dans les limbes de l’oubli. Vous pouvez parier les économies de toute votre vie sur le fait qu’elle se produira. C’est même certainement ce que vous allez faire !
Les historiens des migrations ont, jusqu’à présent, favorisé l’étude des mouvements de populations pauvres vers les pays riches. C’est pourquoi la présence, en France, d’une population ne correspondant pas aux schémas habituels, originaire des États-Unis d’Amérique, pays riche par excellence, nous interpelle…
Vue d’une épicerie de luxe portant une enseigne en anglais, et en allemand, à Menton, entre 1900 et 1920. © Gilletta/Keystone-France.
Engagement de Noirs américains pour la Première Guerre mondiale, 1917. © Photo researchers/Keystone.
Carte postale – Une visite dans un camp américain en France. La partie de cartes. 1918. © akg-images.
Fiche d’identité de M. Gerald Kopp, Américain né en Pensylvanie en 1894, arrivé en France en 1922 et installé à Saint-Etienne où il exerce la profession de droguiste. © Archives départementales de la Loire, 4M1139.
La terrasse de La Coupole en 1928 © Collection de La Coupole.
Régiment de femmes américaines embarquant le 15 juillet 1944. © Bettman/Corbis
Be-bop en cave, James Campbell et Claude Mocquery au club Saint-Germain, Paris 1951. © Robert Doisneau/Rapho
Des Américains de Paris réunis au Harry’s bar, à l’occasion de l’élection présidentielle américaine du 8 novembre 1972. © Keystone-France
Les Américains de France forment une minorité étrangère « sur-développée » qui a des armes pour se faire respecter (y compris ceux de ses membres qui n’appartiennent pas à l’élite). C’est ainsi qu’elle doit être étudiée, sachant que ce statut ne signifie pas forcément facilité d’acculturation : en effet, les changements sociaux, économiques et culturels consécutifs à la présence américaine en France ne sont pas toujours consensuels dans le pays d’accueil. Mais l’intégration est-elle encore un but à atteindre, alors que des pans entiers des populations des grandes métropoles du monde se rapprochent les uns des autres, en rupture avec les masses de leur propre arrière-pays ?
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par Jean-Louis Caccomo* Il est bon ton de dire qu’après la crise, plus rien ne sera jamais plus comme avant. Est-ce un souhait ou une réalité? Pourtant, c’est précisément à l’occasion de cette crise que l’on ressort les vieilles lunes et que l’on récite les mêmes refrains. Les médias français célèbrent le retour de Marx. Non seulement, c’est comme avant mais c’est pire: tout ce qui relève du fonctionnement normal et nécessaire de l’économie (l’entreprise, le profit, le patron, l’actionnaire, les banques, les grandes surfaces, l’échange, le commerce) est devenu suspect, présumé coupable de tous nos maux. Dans certaines régions de France, il est même dangereux d’être directeur d’entreprise. Au nom de la justice sociale, une justice à deux vitesses se met progressivement en place. Dans un avenir proche, ceux qui ont un emploi devront se cacher pour ne pas subir la colère de ceux qui n’ont pas d’emplois. Pourtant, les entreprises peinent toujours à trouver des personnes qualifiées, compétentes et motivées. Mais un patron exigeant sera bientôt considéré comme un patron harceleur. Le travail n’est-il pas un harcèlement permanent et le marché une dictature intolérable? La crise: un prétexte commode Dans tous les grands pays industrialisés, on observe la même tendance lourde: la croissance de l’État est désormais supérieure à la croissance du reste de l’économie du pays. Il n’est point besoin d’être un grand économiste pour comprendre qu’un tel dérapage, quand il n’est jamais corrigé, conduit mécaniquement à un alourdissement de la dette publique et à une diminution du taux de croissance structurel de notre pays de sorte que prétexter d’attendre le retour de la croissance pour faire les changements qui s’imposent mène tout simplement à une impasse. La croissance est devenue structurellement plus faible dans les pays où le poids de l’État a dépassé un certain seuil jugé critique. Pire, l’appauvrissement a commencé lorsque qu’il a dépassé un nouveau seuil qui conduit au surendettement. Et pourtant, face à la crise, c’est cette réponse qui s’est imposée au nom de la régulation. La communauté des économistes n’est pas par principe contre le rôle de l’État dans l’économie, même si des débats aussi légitimes qu’inévitables existent à propos de ses missions prioritaires. Rien ne sert d’être manichéen: la question n’est pas d’être pour ou contre l’intervention de l’État. Il s’agit plus judicieusement de juger de l’efficacité à terme de son action et de la soutenabilité des finances publiques. L’État aura beau jeu de faire la morale aux banques s’il se met lui-même dans une situation de cessation de paiement. C’est pourquoi la théorie économique souligne l’importance de l’équilibre et de la stabilité, notamment de la stabilité des prélèvements et dépenses publiques (ou plus précisément de leur part dans le PIB), ce qui est une condition de la prospérité durable et non de la relance éphémère. En l’occurrence, la taille de l’État doit croitre en proportion de la taille de l’économie dont il fait inextricablement partie. Dans le cas contraire, l’État finit par phagocyter de l’intérieur l’économie. Et l’État n’a rien à gagner à asphyxier, au risque de la ruiner, l’économie qui le finance. Mais la théorie – sinon le dogme – de la régulation repose sur une hypothèse cruciale: elle suppose que l’État est au-dessus de la mêlée et qu’il dispose du modèle correct du monde (économique) sur lequel il peut agir mécaniquement. Dans la réalité, l’État est une partie de l’économie dont il lui est impossible de saisir les frontières et la complexité des interactions qui relient les agents économiques entre eux. Les États-Unis ont connu des années de croissance forte suivies par la crise. En France, on parle de crise depuis 1973. Même dans les périodes de croissance, le modèle capitaliste suscite critiques et rejets. La génération 68, qui a bénéficié de tous les fruits des trente glorieuses, voulait faire la révolution. C’est pourquoi la conjoncture ne change jamais le cap. Quand on a la richesse, on ne s’aperçoit que l’on dispose de cette richesse; cela parait normal, comme un dû. Ainsi, quand la croissance est de retour, on nous explique, à grand renfort de propagande médiatique, que les réformes ne sont plus nécessaires (puisque la croissance est là) et que l’État se doit d’intervenir pour répartir les fruits de la croissance, cette dernière étant génératrices d’inégalités de performances, et donc d’inégalités de revenus. Rappelez-vous lorsque Jospin était premier ministre, les rapports officiels (le fameux rapport Teulade) nous démontraient que la réforme des retraites en particulier, et de la sécurité sociale en général, n’était plus nécessaire grâce au retour de la croissance économique, source de cotisations accrues. Quid de la réforme! Mais quand survient une crise, les mêmes entonnent le refrain de la « fin du capitalisme », de l’« illusion du libéralisme », et l’État intervient de plus belle pour réguler et relancer l’économie. Au passage, ce capitalisme que tout le monde décrie, tout le monde cherche à le sauver à la moindre panne de croissance. Quand les régimes communistes sont en crise, les États s’effondrent pour passer à autre chose; quand l’économie capitaliste est en crise, les États volent à son secours à défaut d’autre chose. Dans ces conditions, on ne sort jamais de l’intervention de l’État, que ce soit sous forme d’un accroissement des prélèvements publics ou d’un alourdissement de la réglementation. En France, on ne sait pas penser autrement ni agir autrement. Et comme les médias, malgré la multiplicité des chaines, des radios ou des journaux, tout comme l’éducation nationale, formatent nos esprits en ce sens au nom de la morale citoyenne, il est difficile d’aborder la réalité économique sous un autre angle. Un Rocard, sinon rien… Qu’un gouvernement de droite confie des rapports à une personnalité de gauche, aussi imminente soit-elle, c’est sans doute un acte machiavélique dans la stratégie d’ouverture initiée par le président Sarkozy qui n’en finit pas de faire couler le Parti socialiste et la gauche française. En tout cas, il ne faut pas s’étonner du résultat. Quand on confie un rapport à un expert de gauche (qu’il soit compétent ou pas d’ailleurs), la conclusion qui en résultera sera invariablement la même: une nouvelle taxe verra le jour. Dans les années 1990, face à la dérive des comptes sociaux, c’est le même Michel Rocard qui fut l’initiateur de la contribution sociale généralisée (CSG). Cette nouvelle taxe avait pour objectif de redresser les comptes de la sécurité sociale. Depuis, les déficits sociaux ont battu de nouveaux records mais nous avons des taxes supplémentaires qui pèsent sur les agents économiques. Le problème à l’origine de la taxe n’a pas été résolu, mais la taxe est toujours là et elle a été augmentée. Ce précédent devrait inciter à utiliser avec modération l’arme fiscale en faisant jouer une sorte de principe de précaution. Mais non, rien n’y fait. Les hommes et femmes politiques manquent cruellement d’imagination. À cours d’idéologie, ils ne savent pas raisonner autrement. Face à un problème, ils convoquent des experts, établissent des rapports et en concluent qu’il faut créer de nouveaux prélèvements, tout en nous assurant bien sûr que ces prélèvements supplémentaires sont légitimes, « citoyens » et qu’ils ne grèveront jamais le pouvoir d’achat des ménages. Et si vous vous opposez à la taxe « carbone » alors vous passez pour complice de « crime environnemental ». D’une manière générale, si vous critiquez l’impôt, vous êtes traités de « poujadiste », de sympathisant FN ou de réactionnaire. Pourquoi s’embarrasser d’un débat en ce domaine? Pourtant, il ne s’agit pas de critiquer les prélèvements obligatoires en soi, ils sont nécessaires. Mais il s’agit de discuter de leur niveau, de leur légitimité (car s’ils sont légitimes pourquoi les cacher?) et de leur efficacité réelle. Quand l’État a besoin d’argent, il prélève plus car il jouit du monopole de la « violence légitime » et ce dernier lui donne le droit de lever l’impôt. Quand un ménage a besoin d’argent, il doit dépenser moins car il ne peut pas décréter des recettes supplémentaires. Reconnaissons que le gouvernement actuel a lancé des réformes – et c’est bien pour cela qu’il a été élu – dans l’objectif d’améliorer le fonctionnement de l’État. Il s’agit d’offrir un meilleur service public tout en dépensant moins d’argent public. Et c’est le seul moyen de stopper l’engrenage de la dette publique. Mais les résistances aux réformes sont puissantes. La foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit, l’impôt oui! Les décisions prises par les agents économiques sont à l’origine des nombreux flux économiques qui font la vitalité et la prospérité d’une nation. L’État a son rôle à jouer en offrant des biens et services publics qui sont source d’externalités positives et profitent donc à l’activité économique. Il ne s’agit nullement de contester l’action positive de l’État. Mais le financement des biens et services publics passe par des prélèvements publics qui sont eux-mêmes source d’externalités négatives (coin fiscal, fuite des capitaux, développement de l’économie parallèle). L’État doit donc veiller à ne pas reprendre d’une main ce qu’il feint de donner de l’autre main. En d’autres termes, le poids des prélèvements obligatoires ne doit pas dépasser un seuil au-delà duquel les externalités positives seraient complètement neutralisées par les effets négatifs de la fiscalité. Cet équilibre impose de ne jamais frapper plusieurs fois un même flux économique. Lorsque le ménage travaille, c’est pour percevoir un revenu (net des charges sociales). À ce titre, il paiera un impôt sur le revenu. Puis 80% de son revenu disponible sera utilisé pour la consommation. À ce titre, il paiera la TVA. On nous dit que c’est une taxe sur la valeur ajoutée. Mais le résultat est là, quel que soit le nom qu’on lui donne. Le ménage a dû supporter trois prélèvements: les charges sociales qui amputent son revenu brut, l’impôt sur le revenu qui ampute son revenu net, et la TVA qui frappe son revenu disponible. Et la partie épargnée du revenu n’échappera pas à un prélèvement que l’on aura pris soin de baptiser « impôt sur le capital ». Mais ce n’est pas le capital qui paie, c’est le ménage qui voit le rendement de son épargne amoindri par le prélèvement fiscal, lequel rend l’épargne moins attractive. Que l’on ne s’y trompe pas, on peut bien jouer sur les mots en baptisant les taxes et impôts avec des appellations sympathiques ou trompeuses, mais les prélèvements frappent toujours et seulement les foyers fiscaux, donc les ménages. Et plus on doit supporter des prélèvements, moins il devient rationnel de prendre des décisions économiques: autant cesser d’être actif et vivre au crochet de la générosité (forcée) publique. —————————————————————————————————-
* Communication présentée à Sciences Po dans le cadre de la conférence organisée par Alternative-Libérale « Les libéraux au secours de la justice sociale », le 10 juin 2006, Paris. J.-L. Caccomo, maître de conférences en sciences économiques à l’Université de Perpignan vient de publier L’épopée de l’innovation. Innovation technologique et évolution économique, aux éditions L’Harmattan, Paris, 2005. |